jeudi 20 mars 2014

Nomenclature









Matériel supplémentaire

Il n'y a pas de règle stricte quant au nom que les chercheurs donnent à un nouveau gène ou à une nouvelle protéine. Ainsi, on peut donner à une protéine un nom très utilitaire, juste parce qu'il faut bien l'appeler quelque chose; c'est le cas de la protéine p53, qui est une protéine dont le poids est de 53 KD.

On peut aussi lui donner un nom plus fantaisiste, ce qui est (pour des raisons historiques) souvent l'apanage de gènes et de protéines impliqués dans le développement, particulièrement si l'organisme étudié est une drosophile. Le gène Krüppel ("estropié" en allemand), quand il est muté, conduit à des déformations de l'embryon; le gène "hedgehog" ("hérisson" en anglais), quand il est muté, provoque l'apparition de pics sur la cuticule de l'embryon; le même gène, chez la souris, s'est vu affubler du nom "Sonic hedgehog", une référence à un jeu vidéo.

Des gènes interférant avec la fertilité chez la mouche se sont vu donner les noms tudor, valois, staufen et vasa, quatre lignées royales européennes qui se sont éteintes fautes de descendants (comme quoi même les biologistes peuvent avoir une certaine culture générale)!

On peut également donner un nom très descriptif à une protéine, que ce soit pour décrire son activité ou sa composition. Comme cela donne un nom assez long, on en fait presque toujours une abréviation, la plupart de temps sous forme d'un acronyme. Ainsi, le gène codant pour la protéine TIR DOMAIN-CONTAINING ADAPTOR MOLECULE 2 porte le nom de TICAM2. Mais encore là, comme l'acronyme lui-même contient plusieurs lettres et/ou chiffres, on a tendance à le dire à voix haute d'une seule traite plutôt que de l'épeler. On ne dira pas Té-I-Cé-A-Èm-2, mais "ticam deux".

Plusieurs acronymes se prêtent bien entendu à différentes lexicalisation (comme le nom de Yahweh, en fait, qui peut donné "Yahvé" ou "Jéhovah" selon le type de voyelles qu'on ajoute aux consonnes YHWH, attendu que les anciens textes en hébreu n'indiquaient pas les voyelles courtes -parfois avec un petit point disant "mettre une voyelle ici, mais vous savez laquelle vu que tout le monde connaît ce mot"). Le nom de gène BRCA1, par exemple, peut se dire "Bé-Èr-Cé-A-1", "Brèca Un", ou même "Barca Un" (si on a du sang carthaginois). L'origine autonome de réplication ("ARS") de levure se prononce "A-R-S" en Angleterre et "Arse" aux États-Unis, parce "arse" n'est un gros mot que chez les Grands-Bretons.

Naturellement, plus d'un étudiant dans la position heureuse de donner un nom à un gène cherchent à lui donner soit un nom rigolo, soit quelque chose d'assez ambigu pour faire sourire les collègues. J'aime particulièrement le nom "cheapdate", désiagnant une mutation rendant très sensible aux effets de l'alcool; mais il paraît que le nom "Pokémon" a dû être changé en ZBTB7A quand les propriétaires de cette marque de commerce ont réalisé que le gène en question était associéau développement du cancer. Qu'à cela ne tienne, la pikachurine, elle, fait toujours référence à Pikachu, le Pokémon le plus populaire.

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