vendredi 21 mars 2014

Chaud et froid











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Notre enveloppe mortelle n'a pas évolué de manière à nous permettre de vivre éternellement; une réalité qui, on s'en souviendra, a poussé le docteur Faust à poser des choix regrettables. Notre physiologie est ainsi faite que nous sommes en mesure de nous reproduire pendant une certaine période, et comme la présence de parents et de grands-parents bienveillants et attentifs aide à la survie des enfants et des petits-enfants, on comprendra aisément que les mutations permettant d'atteindre un âge où on peut justement contribuer à la survie de nos gènes (via nos descendants) aient été sélectionnés.

Indépendamment de ces considérations évolutives et un peu abstraites, on peut se réjouir sur une base individuelle de ce qu'une salubrité accrue, une alimentation abondante, la protection face aux éléments et aux bêtes sauvages ainsi qu'une médecine scientifique plutôt que folklorique nous permettent maintenant d'atteindre un âge moyen qui dépasse les 80 années, bien au-delà de ce que nos ancêtres auraient pu envisager (les 969 années de Mathusalem ne sont pas reconnues officiellement, contrairement aux 122 de Jeanne Calment, parce que personne n'arrive à mettre la main sur son certificat de naissance).

Malheureusement, les circonstances peuvent couper plus tôt que prévu le fil de notre existence. Un accident est si vite arrivé, et une simple poignée de main peut nous exposer à une maladie mortelle. Par contre, ne nous laissons pas aller au fatalisme! Il y a des moyens de mitiger les risques! (Et là je ne cherche pas à vous vendre une assurance-vie, rassurez-vous).

Prenons un exemple simple mais extraordinaire: grâce à la vaccination, nous avons détruit ou sévèrement contrôlé ces deux monstres que sont la petite vérole et la tuberculose. Prenez fièrement la mesure de notre succès: d'une hécatombe de 300 millions de personnes au début du 20e siècle, nous sommes passés à... zéro victime de la petite vérole (ou variole) en 1979, date officielle de son éradication. En fait, notre succès fut tel que plusieurs individus, aujourd'hui, craignent les vaccins plus que les horribles maladies qu'ils ont aidé à anéantir et vont même jusqu'à prétendre que ces fléaux ont disparu spontanément. Oh, humanité, quand tu te mets la tête dans l'anus...

Une autre mesure que nous pouvons prendre pour prolonger nos jours est de détecter de façon précoce les signes avant-coureurs de certains cancers.

Le cancer, considéré de façon générale, est un problème avec certaines cellules qui se mettent à proliférer de façon incontrôlée. Cette prolifération finit par interférer avec l'un ou l'autre de nos systèmes vitaux (en remplissant le foie de masses de cellules qui n'ont rien à y faire, par exemple) et mène ainsi à la mort. Dans de nombreux cas, cette prolifération commence en un point précis et conduit à la croissance d'une masse de cellules cancéreuse appelée tumeur primaire. La bonne nouvelle (bon, relativement parlant, c'est sûr) est que cette masse, si elle est circonscrite et ne se trouve pas dans un endroit inaccessible, peut être enlevée chirurgicalement (ou zappée à coups de rayons gamma); si l'opération réussit à éliminer toutes les cellules au comportement prolifératoire anormal, le cancer est guéri. (Par souci de complétion, on utilisera aussi tout un arsenal de traitements, allant des drogues cytotoxiques aux radiations en passant par des anticorps ou des cytokines, pour chasser et détruire toute cellule cancéreuse qui aurait échappé à l'intervention). Une tumeur primaire par elle-même, si elle ne se situe pas dans un organe très délicat comme le pancréas, peut pousser pendant de nombreuses années sans causer grand problème. L'ennui est que plus longtemps elle se trouve dans notre corps et plus elle a de chances de laisser certaines de ses cellules essaimer, à la manière des aigrettes du pissenlit. Ces cellules vagabondes peuvent alors entrer dans la circulation et se distribuer dans le corps, donnant naissances à de nombreuses tumeurs secondaires appelées métastases. Tout jardinier ayant fait affaire à une pelouse couverte de pissenlits saura combien il est plus facile d'empêcher leur propagation dès le début que de tous les arracher une fois qu'ils se sont installés! La détection de la tumeur primaire est donc un très gros avantage dans la lutte à la maladie.

Certains cancers avec une prévalence élevée sont, fortuitement, assez faciles à détecter de façon précoce. La plupart des messieurs auront à subir à un moment donné une procédure (*hum*) invasive qui indiquera à son médecin si la prostate du patient est hypertrophiée, un signe avant-coureur d'une tumeur de la prostate. Ce cancer est le deuxième en importance à frapper les Américains mâles (après les cancers de la peau), frappant 233 000 personnes chaque année et en tuant 30 000 sur une population mâle de grosso modo 150 millions.

Chez les dames, le cancer le plus fréquent est le cancer du sein, avec 233 340 nouveaux cas et 39 620 décès aux États-unis en 2013. L'auto-inspection des seins et les mammographies permettent de repérer assez tôt la présence d'une masse inhabituelle (genre petit pois qui roule entre les doigts) et de prévenir la propagation des cellules cancéreuses.

Certains hommes souffrent aussi d'un cancer du sein, mais il y en a d'autres qui sont strictement féminins. Le cancer de l'endomètre a frappé 49 560 nouvelles personnes en 2013 (toujours aux États-unis) et a fait 8 190 victimes. Pendant ce temps, le cancer de l'ovaire y allait de 22 240 nouveaux cas et de 14 030 victimes. Le cancer du col de l'utérus, selon les mêmes sources, devait se présenter chez 12 340 nouvelles patientes en causant 4 030 décès.

En ce qui touche ce dernier cas, la bonne nouvelle est que nous savons maintenant que l'immense majorité des cas est associé à la présence d'un virus, le virus du papillome humain ou VPH (dont certaines souches causent aussi les verrues). Il existe maintenant des vaccins permettant d'immuniser les jeunes gens (filles et garçons) contre un très grand nombre de souches de VPH, et ainsi on devrait pouvoir, d'ici une génération, réduire les cas de cancer du col de l'utérus à une toute petite fraction de leur incidence actuelle. (Les garçons n'ont pas de col de l'utérus, mais leur vaccination réduira les chances qu'ils contaminent leur copine. Un argument très vendeur est qu'elle réduira aussi leurs chances de développer des verrues génitales! Ça c'est un concept motivateur !!!

Qu'en est-il de celles d'entre nous qui seraient déjà porteuses du virus? C'est là qu'entre en scène une autre approche de détection précoce: le test de Papanicolaou (ou test Pap). Il consiste à aller récupérer des cellules du col de l'utérus (d'une manière pas plus agréable que l'examen de la prostate pour les garçons) et à les examiner au microscope. Les cellules pré-cancéreuses, celles qui ne sont déjà plus normales mais n'ont pas encore atteint leur plein potentiel cancéreux, ont une physionomie qui se voit assez facilement au microscope; cela permet ainsi au médecin et à sa patiente de prendre les mesures qui s'imposent avant que le cancer n,ait eu une chance de se développer. Grâce à ce test, on estime avoir réduit le taux de mortalité. du cancer du col de l'utérus de 80%!

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